BAT-TH-163 : mise en place de Pompes à Chaleur Air/Eau dans un bâtiment Tertiaire
La fiche d’opération standardisée BAT-TH-163 constitue le cadre réglementaire de référence pour la valorisation, au titre des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), de l’installation de pompes à chaleur (PAC) de type air/eau dans les bâtiments du secteur tertiaire existants. Cette fiche s’inscrit dans la politique nationale d’efficacité énergétique et vise à accélérer le remplacement des équipements de chauffage fossiles dans les locaux à usage professionnel.
La fiche BAT-TH-163
Le dispositif CEE repose sur une obligation imposée aux fournisseurs d’énergie — les « obligés » — de financer des opérations d’économies d’énergie chez leurs clients. La fiche BAT-TH-163 leur permet d’attribuer un volume précis de certificats, exprimés en kWh cumac, à chaque installation de PAC air/eau réalisée dans un bâtiment tertiaire éligible, qu’il s’agisse de bureaux, de commerces, d’établissements de santé, d’hôtellerie ou d’établissements d’enseignement.
Fonctionnement d’une pompe à chaleur air/eau
Une pompe à chaleur air/eau extrait les calories contenues dans l’air extérieur pour les transférer à un circuit hydraulique alimentant les émetteurs de chauffage du bâtiment — radiateurs basse température, planchers chauffants ou ventilo-convecteurs. Le cycle thermodynamique s’articule en quatre phases : évaporation du fluide frigorigène, compression par un compresseur électrique, condensation avec transfert de chaleur vers le circuit eau, puis détente pour recommencer le cycle.
Ce système présente un avantage économique majeur : pour 1 kWh d’électricité consommé, il restitue entre 3 et 4 kWh de chaleur utile, selon les conditions climatiques et la température de sortie de l’échangeur intérieur. Cette capacité à multiplier l’énergie consommée en distingue l’intérêt par rapport à un système de chauffage électrique direct ou une chaudière à combustible. L’éligibilité à la fiche BAT-TH-163 couvre les installations assurant le chauffage seul ou la production combinée de chauffage et d’eau chaude sanitaire (ECS).
Conditions d’éligibilité CEE BAT-TH-163
Pour qu’une installation de PAC air/eau soit éligible à la prime CEE BAT-TH, plusieurs critères techniques et administratifs doivent être réunis. Le premier porte sur la nature du bâtiment : seuls les bâtiments tertiaires existants à usage strictement professionnel sont concernés — bureaux, commerces, hôtellerie, établissements de santé, locaux d’enseignement, etc.
Critères de performance selon la puissance
La réglementation distingue deux seuils de puissance thermique nominale :
• PAC ≤ 400 kW : l’efficacité énergétique saisonnière (Etas) doit atteindre au minimum 111 % pour les PAC moyenne et haute température (sortie échangeur ~ 55 °C), et 126 % pour les PAC basse température.
• PAC > 400 kW : le coefficient de performance (COP) doit être d’au moins 3,4, mesuré selon la norme EN 14511-2 avec une température de sortie de l’échangeur intérieur fixée à 35 °C.
Par ailleurs, seules les PAC assurant la production de chauffage — ou la production combinée de chauffage et d’eau chaude sanitaire — sont éligibles. Les équipements dédiés exclusivement à la production d’ECS ne relèvent pas de la fiche BAT-TH-163. Enfin, une note de dimensionnement est obligatoire quelle que soit la puissance de l’installation ; ce document doit être remis au bénéficiaire à l’achèvement des travaux.
Normes et méthodes de test pour PAC de type air
La conformité des équipements est encadrée par le règlement européen (UE) n° 813/2013 relatif aux exigences d’écoconception pour les appareils de chauffage. Les performances de chaque PAC de type air sont mesurées selon la norme EN 14511-2, qui définit les protocoles d’essai standardisés — notamment les conditions de température d’entrée et de sortie — permettant d’évaluer objectivement le coefficient de performance et l’efficacité énergétique saisonnière de chaque modèle.
Ces modalités de test garantissent la comparabilité des équipements entre eux et constituent la base documentaire exigée lors du contrôle des dossiers CEE. Les certificats du fabricant ou d’un organisme accrédité doivent mentionner explicitement le nom, la marque, le modèle ou le numéro d’identification de l’équipement, ainsi que les valeurs de COP et d’Etas obtenues dans les conditions normalisées.
Performance : Etas et coefficient de performance (COP)
L’efficacité énergétique saisonnière (Etas) est l’indicateur clé de performance d’une PAC sur l’ensemble d’une saison de chauffage. À la différence du COP instantané, l’Etas intègre les variations de température extérieure sur toute la période de chauffe, offrant une vision plus représentative de la performance réelle en conditions d’usage. C’est ce critère qui s’applique aux installations de puissance thermique nominale inférieure ou égale à 400 kW dans le cadre de la fiche BAT-TH-163.
Le coefficient de performance (COP) exprime, à un instant donné et dans des conditions d’essai normalisées, le rapport entre l’énergie thermique produite et l’énergie électrique absorbée. Pour les PAC de puissance supérieure à 400 kW, ce ratio doit atteindre au minimum 3,4, mesuré conformément à la norme EN 14511-2 à 35 °C en sortie d’échangeur. Un COP de 3,4 signifie que l’équipement produit 3,4 kWh thermiques pour chaque kWh électrique consommé, soit une performance nettement supérieure à tout système de chauffage direct.
Mise en place de la PAC air/eau en bâtiment tertiaire
L’intégration d’une PAC air/eau dans la chaufferie d’un bâtiment tertiaire requiert une approche méthodique. Le dimensionnement de l’installation doit s’appuyer sur le calcul des déperditions thermiques du bâtiment selon la température de base (Tbase) définie par la réglementation thermique locale. Cette étape garantit l’adéquation entre les besoins réels de chauffage et la puissance installée, évitant ainsi le surdimensionnement ou sous-dimensionnement de l’équipement.
La note de dimensionnement, document justificatif obligatoire pour tout dossier CEE BAT-TH-163, doit détailler : la méthode de calcul des déperditions, la puissance utile totale nécessaire, les besoins en eau chaude sanitaire le cas échéant, ainsi que les caractéristiques techniques de l’équipement retenu. Ce document atteste également que l’utilisation des locaux est strictement professionnelle, condition indispensable à l’éligibilité au dispositif.
Sur le plan technique, l’installation doit être réalisée par un professionnel qualifié, idéalement titulaire d’une certification RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) dans la catégorie concernée. Une attention particulière sera portée à la compatibilité de la PAC avec les émetteurs existants — notamment si la température de départ du réseau diffère de celle prévue pour l’équipement sélectionné.
Durée de vie conventionnelle et retour sur investissement
Dans le cadre réglementaire des CEE, la durée de vie conventionnelle d’une pompe à chaleur tertiaire de type air/eau est fixée à 22 ans. Cette valeur, retenue par les textes officiels pour le calcul des kWh cumac, est indépendante de la durée de vie réelle de l’équipement ; elle sert uniquement de base au calcul du volume de certificats attribués.
En pratique, la longévité effective d’une PAC air/eau bien dimensionnée et correctement entretenue se situe généralement entre 15 et 20 ans pour les équipements tertiaires. L’entretien régulier — vérification du fluide frigorigène, nettoyage des échangeurs, contrôle de la pression du circuit hydraulique — conditionne directement le maintien de la performance et la longévité de l’équipement. Ces éléments sont à intégrer dans l’analyse économique globale du projet, en complément de la prime CEE perçue.
Calcul de la prime CEE BAT-TH-163 et bonification Coup de Pouce
Le volume de certificats attribués à une opération BAT-TH-163 est exprimé en kWh cumac et calculé à partir de plusieurs paramètres : la puissance thermique nominale de la PAC, la zone climatique du bâtiment (H1, H2 ou H3), la surface chauffée, et l’efficacité énergétique saisonnière ou le COP de l’équipement. Un facteur correctif R peut s’appliquer selon les spécificités du projet pour ajuster le calcul final.
À compter du 1er janvier 2026, la fiche BAT-TH-163 intègre une bonification Coup de Pouce « chauffage des bâtiments tertiaires ». Concrètement, lorsqu’une PAC air/eau remplace une chaudière fonctionnant au gaz, au charbon ou au fioul, un coefficient multiplicateur de 3 s’applique au forfait de base de certificats. Cette bonification représente un levier financier considérable, capable de réduire significativement le temps de retour sur investissement d’un projet de remplacement de chaudière.
Récapitulatif des seuils d’éligibilité et de bonification
| Puissance PAC | Critère exigé | Valeur minimale | Bonification CDP |
| ≤ 400 kW (MT/HT) | Etas | ≥ 111 % | x3 si remplacement gaz/fioul/charbon |
| ≤ 400 kW (BT) | Etas | ≥ 126 % | x3 si remplacement gaz/fioul/charbon |
| > 400 kW | COP (EN 14511-2 / 35°C) | ≥ 3,4 | x3 si remplacement gaz/fioul/charbon |
Justificatifs obligatoires pour le dossier CEE BAT-TH
La constitution d’un dossier CEE BAT-TH-163 solide repose sur la fourniture de plusieurs documents justificatifs indispensables. Leur absence ou leur non-conformité entraîne systématiquement le rejet du dossier et la perte de la prime. Les professionnels de la rénovation énergétique doivent les anticiper dès la phase de préparation du chantier.
• Note de dimensionnement : document obligatoire quelle que soit la puissance de la PAC, signé et remis au bénéficiaire à la réception des travaux.
• Certificats fabricant ou organisme accrédité : attestant les performances (COP, Etas) de l’équipement installé, avec identification précise (marque, modèle, numéro).
• Facture de travaux : mentionnant la référence de l’équipement, la puissance installée et la date d’achèvement.
• Attestation sur l’honneur : signée par le bénéficiaire, confirmant l’usage professionnel des locaux et l’éligibilité de l’opération.
• Devis signé avant travaux : document attestant de l’engagement préalable au démarrage du chantier.
Cas pratiques : exemples de calcul et remplacement de chaudière
Exemple 1 — PAC ≤ 400 kW en zone H1
Une chaufferie de 2 000 m² de bureaux en zone climatique H1, équipée d’une PAC air/eau de 280 kW affichant un Etas de 115 % pour une sortie d’échangeur à 55 °C, remplace une ancienne chaudière au gaz. L’opération est éligible à la bonification Coup de Pouce, portant le volume de certificats à un niveau trois fois supérieur au forfait de base. Le montant de la prime CEE perçue peut ainsi représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros selon le prix du kWh cumac négocié avec l’obligé.
Exemple 2 — PAC > 400 kW pour une chaufferie collective
Pour un établissement de santé disposant d’une chaufferie collective de 600 kW, le remplacement d’une chaudière fioul par une PAC de type air présentant un COP de 3,6 selon la norme EN 14511-2 ouvre droit à un volume de certificats calculé sur la base de la puissance installée, de la zone climatique et de la surface chauffée. La bonification x3 s’applique ici également, rendant l’opération particulièrement attractive sur le plan financier et environnemental.
FAQ et erreurs fréquentes
La PAC est utilisée uniquement pour l’ECS : est-ce éligible ?
Non. La fiche BAT-TH-163 exige que la pompe à chaleur assure au minimum la production de chauffage. Une installation dédiée exclusivement à la production d’eau chaude sanitaire ne répond pas aux critères d’éligibilité et ne peut prétendre à la prime CEE au titre de cette fiche.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes dans les dossiers ?
L’erreur la plus courante est l’absence de note de dimensionnement ou la production d’un document incomplet ne mentionnant pas la Tbase ou la puissance utile totale. Vient ensuite le défaut d’identification précise de l’équipement — absence de numéro de modèle ou de référence fabricant — et la non-conformité des valeurs d’Etas ou de COP aux seuils réglementaires. Enfin, l’absence de signature de l’attestation sur l’honneur avant le démarrage des travaux est une cause fréquente de rejet.
Accompagnement et ressources pour le secteur tertiaire
La réussite d’un projet de remplacement de chaudière par une PAC air/eau et l’obtention de la prime CEE BAT-TH-163 reposent sur une préparation rigoureuse du dossier. Il est fortement recommandé de faire appel à un bureau d’études spécialisé, maîtrisant à la fois les exigences techniques du dispositif et les spécificités du bâtiment tertiaire concerné.
Voici une checklist des étapes clés à suivre :
• Vérifier l’éligibilité du bâtiment : usage professionnel, surface, type d’équipement actuel (gaz, fioul, charbon pour la bonification).
• Sélectionner un équipement conforme : contrôler les valeurs d’Etas ou de COP dans les fiches techniques du fabricant.
• Faire établir la note de dimensionnement : par un professionnel qualifié, avant ou pendant les travaux.
• Signer le devis avant le démarrage du chantier : condition sine qua non pour la recevabilité du dossier CEE.
• Rassembler tous les documents justificatifs : facture, certificats fabricant, attestation sur l’honneur, note de dimensionnement.
• Soumettre le dossier à l’obligé CEE : dans les délais réglementaires, en vérifiant les exigences spécifiques de chaque fournisseur d’énergie partenaire.
Les textes officiels et les fiches standardisées sont consultables sur le site du ministère de la Transition écologique ainsi que sur la base de données nationale des opérations CEE. Une veille réglementaire régulière est indispensable, notamment à l’approche de l’entrée en vigueur de la bonification Coup de Pouce au 1er janvier 2026, dont les modalités d’application peuvent évoluer par arrêté.
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